26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 10:09
Rien ne sert de courir, il faut partir à point :
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
« Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. ─ Sitôt ? êtes vous sage ?
        Repartit l’animal léger.
        Ma commère, il vous faut purger
        Avec quatre grains d’ellébore.
        ─ Sage ou non, je parie encore. »
        Ainsi fut fait ; et de tous deux
        On mit près du but les enjeux.
        Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
        Ni de quel juge l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire ;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque, prêt d’être atteint,
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
        Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
        Pour dormir, et pour écouter
        D’où vient le vent, il laisse la tortue
        Aller son train de sénateur.
        Elle part, elle s’évertue ;
        Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
        Tient la gageure à peu de gloire,
        Croit qu’il y va de son honneur
        De partir tard. Il broute, il se repose ;
        Il s’amuse à toute autre chose
        Qu’à la gageure. À la fin quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Furent vains : la tortue arriva la première.
« Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
        De quoi vous sert votre vitesse ?
        Moi l’emporter ! et que serait-ce
        Si vous portiez une maison ? »
 
Le Lièvre et la Tortue
Jean de La Fontaine — Fables
Livre VI • Fable 10
Illustration par Fée Dragée
 

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