3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 09:44
Maître Corbeau, sur un arbre perché,
    Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
    Lui tint à peu près ce langage :
    Et bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
    Sans mentir, si votre ramage
    Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie ;
    Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
    Apprenez que tout flatteur
    Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
    Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
 
 
Le Corbeau et le Renard
Jean de La Fontaine — Fables
Livre I • Fable 2
Illustration par Fée Dragée

   

 
  
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 10:09
Rien ne sert de courir, il faut partir à point :
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
« Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. ─ Sitôt ? êtes vous sage ?
        Repartit l’animal léger.
        Ma commère, il vous faut purger
        Avec quatre grains d’ellébore.
        ─ Sage ou non, je parie encore. »
        Ainsi fut fait ; et de tous deux
        On mit près du but les enjeux.
        Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
        Ni de quel juge l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire ;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque, prêt d’être atteint,
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
        Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
        Pour dormir, et pour écouter
        D’où vient le vent, il laisse la tortue
        Aller son train de sénateur.
        Elle part, elle s’évertue ;
        Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
        Tient la gageure à peu de gloire,
        Croit qu’il y va de son honneur
        De partir tard. Il broute, il se repose ;
        Il s’amuse à toute autre chose
        Qu’à la gageure. À la fin quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Furent vains : la tortue arriva la première.
« Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
        De quoi vous sert votre vitesse ?
        Moi l’emporter ! et que serait-ce
        Si vous portiez une maison ? »
 
Le Lièvre et la Tortue
Jean de La Fontaine — Fables
Livre VI • Fable 10
Illustration par Fée Dragée
 
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 06:12
Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse s’étend, et s’enfle, et se travaille
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant :
« Regardez bien, ma sœur,
Est-ce assez ? dites-moi : N’y suis-je point encore ?
— Nenni.
— M’y voici donc ?
— Point du tout.
— M’y voilà ?
— Vous n’en approchez point. »
La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs,
Tout petit Prince a des Ambassadeurs,
Tout Marquis veut avoir des Pages.

La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf
Jean de La Fontaine — Fables
Livre 1 • Fable 3

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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 11:47
Une Chauve-souris donna tête baissée
Dans un nid de Belette ; et sitôt qu’elle y fut,
L’autre envers les souris de longtemps courroucée
Pour la dévorer accourut.
« Quoi ! vous osez, dit-elle, à mes yeux vous produire,
Après que votre race a tâché de me nuire !
N’êtes-vous pas Souris ? Parlez sans fiction.
Oui vous l’êtes, ou bien je ne suis pas Belette.
— Pardonnez-moi, dit la Pauvrette,
Ce n’est pas ma profession.
Moi Souris ! des méchants vous ont dit ces nouvelles :
Grâce à l’Auteur de l’Univers,
Je suis Oiseau : voyez mes ailes ;
Vive la Gent qui fend les airs ! »
Sa raison plut, et sembla bonne.
Elle fait si bien qu’on lui donne
Liberté de se retirer.
Deux jours après, notre étourdie
Aveuglément va se fourrer
Chez une autre Belette aux Oiseaux ennemie.
La voilà derechef en danger de sa vie.
La Dame du logis avec son long museau
S’en allait la croquer en qualité d’Oiseau,
Quand elle protesta qu’on lui faisait outrage :
« Moi, pour telle passer ? vous n’y regardez pas :
Qui fait l’Oiseau ? c’est le plumage.
Je suis Souris : vivent les Rats !
Jupiter confonde les Chats ! »
Par cette adroite repartie.
Elle sauva deux fois sa vie.

Plusieurs se sont trouvés qui d’écharpe changeants
Aux dangers, ainsi qu’elle, ont souvent fait la figue.
Le Sage dit selon les gens :
« Vive le Roi », « vive la Ligue ».
 

La Chauve-Souris et les deux Belettes
Jean de La Fontaine — Fables
Livre 2 • Fable 5

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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 17:31
 
L
a Poule aux œufs d'or
 
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondoit tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avoit un trésor :
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportoient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches!
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus,
Pour vouloir trop tôt être riches!
 
Livre cinquième - Fable 13
 
 

 
Fables de la Fontaine
Ars Mundi - Texte Intégral
320 illustrations de Gustave Doré
480 pages ~ 22 x 30 cm
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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 12:08
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